L’histoire de la Nintendo NES : La console 8-bits de légende

S’il existe une console de jeux vidéo dont le simple nom suffit à évoquer l’Âge d’or du retrogaming et l’émergence de la culture pop moderne, c’est bien la Nintendo Entertainment System, universellement connue sous l’acronyme NES (ou Famicom au Japon). Sortie au milieu des années 80, cette machine 8 bits a sauvé à elle seule une industrie du jeu vidéo en pleine déconfiture après le crash de 1983. Avec sa robe grise épurée, son lecteur de cartouches à clapet façon magnétoscope et ses manettes rectangulaires emblématiques, la NES est le pilier fondateur sur lequel repose le jeu vidéo moderne.


[Illustration : Une console Nintendo NES vue de face avec sa trappe ouverte, une cartouche insérée, posée sur une table en bois vintage à côté de sa manette rectangulaire emblématique]

De la légende de Shigeru Miyamoto jusqu’aux franchises immortelles comme Super Mario Bros., The Legend of Zelda ou Metroid, retour sur la trajectoire de la console qui a conquis la planète.

1. La genèse japonaise : De la Famicom à la conquête de l’Occident

L’histoire de la NES débute au Japon en juillet 1983 sous le nom de Famicom (Family Computer). Imaginée par l’ingénieur Masayuki Uemura et orchestrée par le président de Nintendo Hiroshi Yamauchi, la Famicom arbore un design rouge et blanc très typé jouet, avec ses manettes câblées directement à l’arrière de la console.

Face au succès colossal de la machine sur le marché nippon, Nintendo décide d’attaquer le marché américain, rendu frileux par la faillite massive des acteurs de l’époque (notamment Atari). Pour convaincre les revendeurs dubitatifs, Nintendo repense intégralement le design de la console pour l’Occident :

  • Le design « NES » : Lancée à New York à la fin de l’année 1985 puis en Europe en 1986, la console abandonne le style jouet pour adopter une esthétique futuriste et sobre (gris, noir et rouge) rappelant un équipement hi-fi ou un magnétoscope.
  • Le port ZIF (Zero Insertion Force) : Pour insérer un jeu, il faut désormais glisser la cartouche dans une fente à clapet et appuyer dessus pour la verrouiller, un geste devenu culte pour toute une génération.
  • Le pistolet optique NES Zapper : Fourni dans le pack de lancement avec le jeu Duck Hunt et le robot R.O.B. (Robotic Operating Buddy), il permettait de vendre la NES non pas comme une simple console de jeux, mais comme un système de divertissement interactif sophistiqué.


[Illustration : Comparaison côte à côte entre la Famicom japonaise rouge et blanche et la NES occidentale grise et noire au design imposant]

2. Une révolution matérielle : La manette à croix directionnelle et la puce 10NES

Au-delà de ses capacités graphiques et sonores bien supérieures à la génération précédente, la NES introduit deux innovations majeures qui ont façonné l’industrie :

  • La manette emblématique : Conçue autour de la célèbre croix directionnelle inventée par Gunpei Yokoi pour les Game & Watch, la manette NES abandonne le joystick vertical au profit d’un pavé plat tenu à deux mains avec deux boutons d’action (A et B) ainsi que les touches Select et Start. Ce standard d’ergonomie est toujours utilisé aujourd’hui.
  • La puce de verrouillage 10NES : Pour éviter la prolifération de jeux de mauvaise qualité qui avait causé la perte d’Atari, Nintendo intègre une puce de sécurité électronique (CIC) garantissant que seuls les éditeurs licenciés par Nintendo et arborant le « Sceau de Qualité » officiel pouvaient publier des jeux sur la console.


[Illustration : Gros plan artistique sur la manette rectangulaire NES montrant la croix directionnelle noire, les boutons A/B rouges et le logo Nintendo]

3. Un catalogue de chefs-d’œuvre et la naissance de licences légendaires

C’est avant tout par la qualité exceptionnelle de son catalogue que la NES est entrée au panthéon de la culture geek. La console a vu naître les plus grandes séries de l’histoire du jeu vidéo :

  • Super Mario Bros. (1985) : Le jeu de plateforme ultime conçu par Shigeru Miyamoto, qui a défini les règles du genre et s’est vendu à plus de 40 millions d’exemplaires.
  • The Legend of Zelda (1986) : Une aventure d’exploration révolutionnaire vendue dans une sublime cartouche dorée, intégrant une pile de sauvegarde interne pour enregistrer sa progression.
  • Metroid et Castlevania : Deux titres pionniers à l’ambiance sombre et aux mécaniques de recherche complexes, posant les bases du genre « Metroidvania ».
  • Megaman, Final Fantasy et Dragon Quest : Des séries cultes nées sur la machine et développées par des éditeurs tiers de renom comme Capcom et Square.


[Illustration : Alignement de cartouches de jeux NES cultes, dont la fameuse cartouche dorée de The Legend of Zelda et la cartouche grise de Super Mario Bros]

4. Fiche technique de la Nintendo NES

Caractéristique Détail
Nom Officiel Nintendo Entertainment System (NES) / Famicom (Japon)
Fabricant Nintendo Co., Ltd.
Année de sortie 1983 (Japon) / 1985 (États-Unis) / 1986-1987 (Europe & France)
Processeur Principal Ricoh 2A03 (8 bits) basé sur le MOS 6502 à 1,79 MHz (NTSC) / 1,66 MHz (PAL)
Mémoire RAM / VRAM 2 Ko de RAM principale / 2 Ko de RAM Vidéo (extensible via processeurs MMC dans les cartouches)
Résolution & Couleurs 256 x 240 pixels / Palette de 52 couleurs (jusqu’à 25 affichables simultanément)
Processeur Sonore PSG 5 canaux (2 canaux carrés, 1 canal triangle, 1 canal de bruit blanc, 1 canal DPCM)
Périphériques Célèbres NES Zapper (pistolet), R.O.B. (robot), NES Advantage (arcade stick), Power Glove

Le faux contact du connecteur 72 broches et le mythe du soufflage

Bien que la NES soit une machine extrêmement robuste, sa conception occidentale à clapet présentait un défaut d’usure célèbre : le connecteur 72 broches. Avec le temps, les connecteurs métalliques s’écartaient ou s’oxydaient, entraînant le fameux clignotement de l’écran (dû au microprocesseur 10NES qui ne parvenait pas à authentifier la cartouche).

C’est de ce problème technique qu’est né l’une des plus grandes croyances populaires du jeu vidéo : souffler dans la cartouche. En réalité, l’humidité de la haleine ne faisait qu’aggraver la corrosion à long terme, mais le geste demeure à jamais gravé dans les mémoires des joueurs des années 80 et 90.

La pierre d’angle de toute collection Retrogaming

Vendue à plus de 60 millions d’exemplaires dans le monde, la NES s’est éteinte au milieu des années 90 après une longévité exceptionnelle. Aujourd’hui, dénicher une console NES complète en boîte d’origine (notamment les versions « Action Set » ou « Control Deck ») avec ses manettes d’origine non jaunies et ses grands classiques en boîte cartonnée reste le rêve absolu de tout passionné de retrogaming.